18 février 2012

Je ne suis pas un éditorialiste

Mais parfois les mots sortent malgré moi, les discours et contre-discours fusent de toutes parts, alors le vase déborde, la valse des inepties me fait lever les yeux et je me surprends à massacrer mon clavier. Et je remercie le ciel de ne plus avoir le câble pour m'être épargné ce que TVA et Radio-Canada ont pu en recracher dans leurs actualités.

Je ne suis pas particulièrement engagé dans le mouvement scolaire et j'ai, jusqu'à présent, refusé catégoriquement de me prononcer sur la décision de grève. D'ailleurs encore aujourd'hui je n'ai pas envie d'en parler. Je me contenterai donc de faire le tour de tout ce que je reçois dans mon fil de nouvelles facebook, parce que les articles et commentaires rebondissent d'un statut à l'autre et que je ne sais toujours pas plus quoi en penser.

Voici donc un retour bref sur les principaux arguments de part et d'autre, dans l'ordre et dans le désordre, qui me permettra de me sortir ça de la tête et de retourner à mes travaux et corrections (étant étudiant à la maîtrise, nous avons uniquement voté pour une levée de cours lors des manifestations, non une grève illimitée).

Récemment, à Bazzo.tv, le chroniqueur Vincent Marissal, que j'apprécie beaucoup par ailleurs, a souligné plusieurs points importants que je me permets de citer de mémoire. Trois points me sont restés en tête, trois points essentiels à quelque groupe que ce soit s'il souhaite avoir un réel impact sur son gouvernement. D'abord le nombre, parce qu'un mouvement étudiant qui pour l'instant demeure assez hésitant n'a pas de véritable impact; ensuite l'impact, parce qu'à court terme, cette grève ne présenterait pas de véritable menace pour la population non-estudiantine; et enfin, le point qui me fait constamment grincer des dents, notre image médiatique et l'opinion populaire vis-à-vis le mouvement actuel. C'est ce point qui à mon sens, est au plus bas. Le nombre et l'impact varient selon une multiplicités de facteurs, mais l'image, dans une société aussi hypermédiatisée que la nôtre, est devenue un incontournable de tout mouvement, qu'il soit artistique ou politique. J'ai moi-même longtemps hésité à me prononcer sur la grève parce que l'image des étudiants dans la sphère publique était de plus en plus négative, allant de manifestations agressives à représentants plus ou moins au fait de ce qu'ils ont à défendre. Sont-ce les médias qui transforment le propos ou les étudiants qui véritablement ne savent se présenter ? Un mélange des deux, peut-être.

Le gouvernement actuel s'est à peine prononcé sur le mouvement de grève, persuadé qu'il est que ça ne l'atteindra pas. Line Beauchamp a récemment affirmé publiquement que les étudiants en grève ne nuiront finalement qu'à eux-mêmes, et le ministère a joint la parole aux actes en incitant les professeurs à franchir les piquets de grève pour donner leurs cours. Je pense que de tous les arguments en faveur d'une grève étudiante, c'est cette attitude bornée et fermée au dialogue de notre ministre de l'Éducation qui me convainc le mieux. Nous ne sommes pas des employés, nous sommes des étudiants. Nous ne sommes pas remplaçables. L'avenir qu'apparemment nous hypothéquons n'est pas un avenir individuel, c'est aussi le vôtre, c'est notre avenir.

Un des arguments que j'entends le plus souvent est que nous nous plaignons le ventre plein. Nous aurons bientôt de gros salaires et le programme de prêts et bourses se montrera encore plus généreux que par le passé. L'argument fonctionnerait si tout le monde y avait accès, parce que plusieurs étudiants de revenus moyens sont régulièrement considérés inéligibles à telle mesure. Et pour ce qui est de l'avenir, un bachelier n'a pas nécessairement un emploi en sortant son papier. Ce qui sera appelé à mourir dans les prochaines années (et là le gouvernement Harper croise les doigts) ce sont en premier lieu les programmes qui ne sont pas ancrés dans le concret mais dans la recherche, dont évidemment les programmes d'art, de sociologie, d'anthropologie, de philosophie et j'en passe. Peut-on se priver de gens qui réfléchissent ? Peut-être que dans une ère où on gobe de plus en plus tout ce qui passe par le sacro-saint fil des nouvelles, on n'a plus besoin d'experts. Qui hypothéquera son propre avenir pour servir une communauté qui ne l'écoutera plus ?


S'il peut être vrai que les étudiants mettent leur futur en péril avec le déclenchement de la grève, on peut dire que celui-ci est de toute façon déjà compromis par la hausse. Alors prenons la chance de changer les choses, plutôt que de se laisser couler.

6 décembre 2011

La conspiration du silence

Il y a un bon bout de temps que je n'ai pas écrit de textes « politiques » (entendons politique au sens large : du politique plutôt que de la politique). Je m'en tiendrai à ma formule habituelle. Je ne me pose pas (au grand jamais) en expert des questions que j'aborde, simplement en citoyen qui essaie le plus possible de se tenir au courant et de porter une réflexion.

Je ne me considère pas comme de gauche ou de droite. L'extrémisme m'horrifie des deux côtés. Je suis probablement plus sensible à certaines idées de gauche, d'autres de droite, bref, comme beaucoup de québécois, je pense, la voie du milieu me semble la plus emblématique. Je prône la tolérance, et la tolérance est aussi d'accepter, malgré des désaccords importants, la situation politique dans laquelle je me trouve. Les Canadiens (car aux dernières nouvelles, nous le sommes encore) ont voté le 2 mai dernier, le résultat a été celui que nous avons connu. S'ensuivit au Québec une grogne généralisée d'un côté et peut-être, mais qu'en sais-je au fond, une certaine euphorie de l'autre. L'élection de monsieur Harper m'a très probablement déçu, mais pas horrifié comme certains de mes compagnons. Nous ne vivons pas sous dictature, que je sache. Les décisions de monsieur Harper se prennent encore de façon politique et démocratique. Le problème que j'ai est ailleurs.

J'ai un problème avec le silence de mon premier ministre (car oui, il reste encore mon premier ministre, après tout) sur des questions qui m'interpellent (moi et bien d'autres, évidemment) : l'abolition du registre des armes (et paradoxalement l'adoption de nouvelles lois sur la criminalité et les jeunes contrevenants), le rejet du protocole de Kyoto, les coupures franches dans les milieux culturels (encore l'artiste en moi qui se plaint ?)…

J'ai un problème avec l'apparition du mot « bâillon » dans l'univers médiatique, des fréquentes luttes des journalistes pour obtenir un mot de leur premier ministre, des décisions étonnantes jamais commentées (vous avez vu cette histoire sur l'appellation « gouvernement Harper » dans les documents officiels ? celle de la nouvelle peinture « typiquement canadienne » de l'avion du premier ministre ?). Je me rappelle entre autres cet évènement étrange rapporté par les médias, ce discours du premier ministre où on a refusé des étudiants à l'entrée sous prétexte qu'ils étaient activistes environnementaux. Être premier ministre, n'est-ce pas aussi se confronter à la critique ? Les étudiants n'avaient pas menacé le premier ministre, ils n'avaient pas de bombes dans leurs poches, ils cherchaient à savoir, je dirais même ils cherchaient à voir. Voir qui est à la tête de notre Canada, voir qui nous dirige, poser des questions, réfléchir. Parce que le grand danger d'un tel silence, c'est justement qu'il nous empêche de réfléchir. Si le cynisme et le désengagement sont à nos portes, ce n'est pas pour rien. Comment réfléchir à quelque chose qui n'a pas été dit ? Comment remettre en question un sujet qui n'a pas été posé sur la table ? Comment peser le pour, le contre ?

Le silence n'est pas une réponse. En fait, le silence tient lieu d'une seule réponse, le mépris. Et c'est ce que je sens chez mon premier ministre (j'insiste sur le déterminant possessif : je dois m'approprier ce premier ministre, même si lui refuse systématiquement de me répondre) : un mépris peut-être involontaire, une simple détestation des médias. Et pour cause ! Les médias chavirent, changent les plans, interrogent, dérangent… Ce que Harper ne voit pas, c'est que les médias sont aussi une des seules façons d'atteindre ceux que l'on dirige. Je ne pense pas qu'il a envie de passer chacune des maisons du pays (et/ou de la province) pour nous expliquer ses principes. Mais peut-être que ça ne l'intéresse pas du tout. Peut-être que les Canadiens, ceux qui se questionnent, il n'en veut pas. Après tout, il est majoritaire, non ? Malgré tout le discours social, les campagnes de détestation collective, la grogne du Québec, les fréquentes attaques des médias et des autres partis, la large portion de la population qui désapprouve son gouvernement (proportionnellement, ça monte tout de même à 60,4%), il a le pouvoir. Un plein pouvoir. Un pouvoir muet.

3 mai 2011

Partir ou rester

Je pense à partir.

Il y a des mois que je ne vous ai pas écrit ici, et très honnêtement, je n’en ressens plus vraiment l’envie. Et ce n’est pas parce que je n’ai plus rien à dire. Au contraire, les élections d’hier m’ont profondément donné envie de parler politique, mais justement, j’ai envie de parler.

Je ne suis pas un analyste de quoique ce soit. Je ne me présente jamais en expert. Mais il y a, dans le geste du blogueur, quelque chose qui m’agace soudain. J’ai envie de revenir à mes sources et, en ces moments sombres, de renouer avec les arts. De faire de la photo, du dessin, d’écrire.

Je n’ai plus l’envie de déblatérer sur des lignes et des lignes mon opinion. Une opinion n’est jamais assez arrêtée pour qu’on la pose ainsi. J’ai envie de discussions intenses, de dialogue, de débats, d’idées.

Nous verrons bien si je partirai ou si je resterai. D’ici là, au revoir.

5 mars 2011

Gauche, droite et centre

J’en ai marre de la publicité à l’américaine que nous envoient tous les partis politiques en vue d’une prochaine élection. Marre de réaliser qu’être de droite ou de gauche est devenu le summum de l’insulte. Comme s’il suffisait de dire “vous êtes de gauche” pour signifier instantanément que vous êtes un quêteux hyperpacifiste qui ne tient pas à la sécurité de ses enfants et autres idioties du genre.Comme s’il suffisait de dire “vous êtes de droite” pour résumer votre position à celle d’un capitaliste malade mental accroché à son argent et qui crache sur l’environnement et l’avenir de ses enfants et qui aime cultiver son vice en vomissant sur les pauvres.

J’ai envie de rappeler à ceux, de gauche comme de droite, qui crachent de l’autre côté de la clôture que nous sommes tous, quelque part, des deux côtés de la médaille. Un individu ne se définit pas par “de gauche” ou “de droite” mais par des idées, une personnalité. J’ai moi-même beaucoup de mal à me définir entre ces deux pôles ô combien opposés.

Ce raccourci dans le signe, qui s’installe de plus en plus dans notre société moderne, me paraît une démonstration intéressante du danger du raccourci. C’est le règne du signifié sous-entendu (et forcément négatif), la domination de la simplicité. J’aurais envie d’un débat sur le fond des questions plutôt que d’une simple allusion aux positions gauchistes ou droitistes de tel ou tel politicien. Surtout que, d’un côté comme de l’autre, nos politiciens ont tendance à s’aligner au centre.

Qui parle sérieusement de sécurité, de santé, d’économie, d’environnement, de culture, d’éducation sans tomber dans le panneau des clichés de la go-gauche ou de la droi-droite ? Ce que je décèle surtout de cette avalanche de raccourcis, c’est un profond et malsain désir de détourner la question, comme si être de gauche vous dispensait de parler d’économie, comme si être de droite vous dispensait de vous questionner sur l’environnement. J’aurais envie que des gens réfléchissent, pensent, songent à toutes les questions, pas seulement à celles qui les intéressent. Parce que c’est ça, être politicien. C’est réfléchir. J'ai mal à mon intelligence chaque fois que j’entends les raccourcis ahurissants que nous prenons. Qu’est-ce que ça veut dire, être de droite, être de gauche ?

Amis politiciens, un reproche sincère. Lâchez vos positions quelques secondes et réfléchissez donc, pour une fois. Nous en ressortirons tous gagnants.

2 février 2011

La reine est morte, vive la reine

Je l’affirme immédiatement, le texte que je m’apprête à écrire est impulsif et probablement injuste. Je m’en fous. J’ai envie de gueuler. Éclairez-moi de vos lanternes, c’est à ça que sert le bouton commentaires.

Je tiens à commenter la décision récente du CRTC sur l’imposition d’une facturation à l’utilisation (autrement dit, le paiement de chaque gigaoctet téléchargé). La décision a été rendue récemment, comme le mentionne cet article.

Savoir que la compagnie Bell a fait des pressions sur le CRTC a quelque chose d’inquiétant, parce qu’on parle ici d’intérêts privés, d’intérêts économiques. Le CRTC recule devant un mouvement qui aurait pu avoir pour effet de démocratiser la distribution de l’information et de changer diamétralement la donne télévisuelle.

Que je vous apprenne une chose. Depuis un an maintenant, je ne me paie plus le câble, et je n’en suis pas plus mal portant. Les émissions qui m’intéressent vivement, je peux presque toutes les attraper sur le Web, en rediffusion. Je n’ai pas l’intention de me payer le câble prochainement. La télévision est pour moi aussi morte que ne l’est mon Windows 98. Je suis pourtant un enfant de la télé. J’ai grandi avec elle, elle m’a appris beaucoup de choses, je m’en suis abreuvé tout petit. Mais de jour en jour je réalise mon désintérêt pour le contenu hautement populiste et nombriliste de notre télé nationale. Qu’on me comprenne bien, je ne suis pas contre la télévision populaire. Ce que je déplore, c’est qu’il n’existe à ce jour presque rien pour ceux qui souhaitent apprendre quelque chose en allumant leur boîte à images. Je me désole du déclin de MusiquePlus comme référence musicale, du déclin d’ARTV comme lieu de découverte artistique, de la fin de la télévision qui fait bouger les choses, qui nous réveille collectivement. Il existe une façon de divertir sans nous servir de la merde bien cadrée. Quand je vois s’accumuler les téléréalités mièvres à la Loft Story (je sais, ça n’existe plus, mais le principe, lui, est resté) ou le ridicule ahurissant des Rencontres paranormales, je me dis qu’il est temps que je passe à autre chose.

Je reviens donc sur la décision du CRTC. Le problème de cette décision, c’est qu’elle veut forcer un retour à la bonne vieille télé. Je ne serais pas contre, si on m’y servait quelque chose. Le grand risque, c’est que devant un vide télévisuel qui s’agrandit, je ferme définitivement et la télé, et le web. Adieu Youtube, adieu Grooveshark, adieu Tou.TV. La décision du CRTC arrive à un drôle de moment.

31 janvier 2011

Silences et hurlements

Il y a un bout de temps que je n’ai pas écrit de vrai article sur ce blogue, peut-être par manque de temps ou de courage. Je n’écris plus aussi religieusement que je le faisais. Ce n’est pas par désintérêt, mais peut-être par simple fatigue. Mon temps est déjà bien chargé, je prends rarement le temps de m’asseoir et d’écrire autre chose que mes écritures hebdomadaires.

Je prends toutefois la parole une nouvelle fois pour parler du mutisme dans lequel je sens que nous nous embourbons, de ce silence qui nous menace. La réflexion me vient de ce qu’on m’a demandé récemment d’écrire un texte sur l’engagement. J’avoue ne pas avoir su par où commencer. L’engagement m’a immédiatement paru comme contre-indicatif de notre époque. À la génération facebook et twitter (j’en suis moi-même), il me paraît contradictoire de devoir parler d’engagement. J’ai pris le contre-pied du sujet, et je me suis centré sur le désengagement.

J’ai l’impression d’être dans un monde de plus en plus muet. De jour en jour, lorsque je lis les nouvelles, je découvre de nouvelles censures, de nouvelles crises médiatiques, de nouveaux à-plat-ventrismes. Je l’ai déjà dit, je ne suis pas de ceux qui font toutes les manifestations. Je ne suis pas un être engagé politiquement (du moins, pas plus que la moyenne des gens) et je n’ai aucun scrupule à passer quelques jours sans réfléchir à l’avenir de notre peuple. Cependant je m’informe. J’essaie le plus possible d’être au courant des développements de notre politique, des derniers mouvements de Charest ou de Harper, des derniers soubresauts de notre société québécoise. L’engagement, c’est aussi cela.

Il existe, je pense, une caricature de l’engagement. C’est l’image publique et fortement médiatisée que nous avons des manifestants, l’idée d’une assemblée de jeunes granola habillés en pouilleux, déambulant dans les rues pour revendiquer à peu près n’importe quoi, toujours le mot SOLIDARITÉ en bouche. Cette image populaire reflète deux choses de notre vision publique. D’abord que nous avons une image essentiellement négative de tout ce qui est engagement (d’où la peur ou la haine de l’intellectualisme, le cynisme politique, etc.), ensuite que nous sommes, à première vue, fortement désengagés. L’image médiatique n’est jamais qu’un reflet de notre propre image. On a trop souvent tendance à accuser les médias de tout et de rien. Les médias renvoient au public ce qu’ils pensent être leur pensée.

Je m’arrêterai à ce que je connais un peu, c’est-à-dire les arts. Depuis quelques temps, un discours anti-artistes se fait entendre, à grands coups de généralisations hâtives (la sacro-sainte expression clique du plateau en est un bon exemple) et de discours sur le statut de quêteux de subventions, etc. En même temps que cela, je sens la montée d’une censure, en catimini. Le monde est en train de devenir frileux. Je me rappelle l’époque des éclats de Piment Fort, des frasques de Pierre Falardeau, des engueulades publiques de RBO. Nous tombons dans une sorte d’ennui général. Il y a de la place pour gueuler. Il y a de la place pour crier qu’on existe, pour parler de tout ce qui écorche les oreilles.

Nous ne sommes pas encore morts. Nous avons parfois besoin de silences, certes, mais aussi de hurlements.

10 janvier 2011

Les Îles

 

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28 novembre 2010

L’indignation

Je m’indigne contre des millions de choses par jour. Je crie, je gueule, généralement dans le vide, m’adressant à des hypothétiques lecteurs sur ce blogue, à des amis facebook qui ont probablement autre chose à faire que de lire les articles auxquels je les renvoie, à d’autres connaissances qui doivent bien se fatiguer de me voir monter sur mes grands chevaux pour des choses qui ne me concernent pas directement. Pourquoi s’indigner, dans une société où l’à-plat-ventrisme est devenu la norme ? Dans une société où un seul mot peut vous envoyer en cour ? Où être dans le domaine public, c’est représenter l’horreur ?

Pour une raison bien simple. La peur. Je ne suis pas seulement en colère contre mon gouvernement, contre le pouvoir grandissant et envahissant des médias, contre la dégradation de nos politiques environnementales, contre l’absence d’aide aux pays en besoin : j’en ai peur. Ma société me fait peur. Je nous vois reculer dans le temps, retourner à des politiques simplistes qui s’avèrent dangereuses. J’ai peur de notre silence devant ces politiques. Parce que ce silence fait naître autre chose, de l’autre côté, quelque chose d’extrêmement menaçant.

Le pouvoir.

J’ai peur du pouvoir. Parce que dans tous les cas qui m’inquiètent, me terrorisent, c’est la chose qui revient. Que ce soit l’emprise d’un homme sur une avalanche de médias et la liberté de presse, le conservatisme qui monte de plus en plus, la montée de la droite, les allégations de corruption, l’impossibilité de placer un mot sur la place publique, nous en revenons à cette question là. Le pouvoir ne fait pas les grands hommes. Le pouvoir est une arme insidieuse, salope et changeante. On ne peut pas conserver un pouvoir sans détruire quelque chose. Le danger du pouvoir, c’est qu’il nous empêche de voir ce qu’on détruit. Ou nous le fait voir d’un autre oeil, celui de l’intouchable. Détenir un pouvoir sur quelqu’un ou sur une masse de gens, c’est devenir inaccessible. Là est l’attrait du pouvoir. Jusqu’au jour où il tombe et où on s’ouvre les yeux sur ce qu’on a pu causer.

Je m’indigne envers une société qui devient de plus en plus fermée sur elle-même, une société qui ne voit plus l’essentiel. Je m’indigne envers le silence de la presse. Je m’indigne envers l’absence phénoménale d’intellectuels sur la place publique. Où sont-ils, ceux qui gueulent ? Où sont ceux qui réfléchissent ? Ont-ils pris peur de notre individualisme ? Sont-ils cachés quelque part, parce qu’on leur a dit qu’on ne voulait pas les voir ? Ont-ils peur de se faire traiter d’artistes subventionnés, de pelleteurs de nuages, de philosophes de quartier ?

Où sont-ils, ceux qui ont encore le pouvoir de s’indigner ?

27 novembre 2010

Des amis extraordinaires

Je dois le préciser, parce que parfois je pourrais l’oublier, enchevêtré que je suis dans tous mes travaux et gueulages généraux : j’ai des amis extraordinaires.

En vieillissant, j’ai l’impression que mon rapport à l’amitié a changé beaucoup. Je ne suis plus de ceux qui vont appeler toutes les semaines, qui vont essayer de vous joindre mille fois dans une journée, qui vont organiser des soirées pour qu’on se voit. La raison à cela est simple : je n’y pense pas.

L’amitié, la vraie, ne se calcule pas au nombre de fois où l’on se voit dans un mois. Pas dans ma définition, du moins. Pour moi, l’amitié est une chose plus imbriquée que ça. L’amitié, c’est retrouver toujours la même folie, le même enthousiasme à être avec quelqu’un, peu importe le temps.

Mes amis ont compris cela. Ils ont compris, entre autres, que je ne suis que peu disponible comme ami. J’ai toujours un milliard de projets qui me tiennent en forme, et dont je ne cesse de parler. On ne me le reproche pas. On ne me reproche pas non plus de parfois accaparer absolument la conversation lorsqu’on parle cinéma, télévision, littérature, théâtre. Ou de m’enflammer parfois pour des riens. On m’accepte comme je suis, avec mes qualités et mes défauts.

Je ne pensais un jour valoir ces gens-là.

22 novembre 2010

Culture et Québec

Je pensais écrire un long article, mais René-Daniel Dubois s’exprime beaucoup mieux que moi. Je vous le laisse.